
2010: Année internationale du rapprochement des cultures. Belle coïncidence pour ce Mœbius 124 qui s’est voulu dès le départ un espace de rencontre littéraire et de libre expression de voix autochtones et allochtones, une occasion de réfléchir sur notre rapport à l’Autre (l’Amérindien, le Blanc) et à soi, dans le Québec d’aujourd’hui.
«Parvenir à un accord.» Ainsi commence le premier texte. Le pari est ambitieux. Encore faut-il se parler d’abord, s’écouter, se comprendre pour espérer ensuite s’apprécier et vivre ensemble. Si j’ai appris, au fil du temps et des rencontres, à dompter un tant soit peu mon idéalisme d’Européenne lorsqu’il est question des peuples autochtones, il reste que je crois au bien-fondé d’un idéal qui nous pousse vers l’avant. J’ai fait mes premiers pas en forêt aux côtés d’Abitibiwinni pour lesquels j’étais, au même titre qu’eux, une Anishinabe. Au sens littéral du terme: un être humain. C’est dans cet esprit d’égalité et de respect mutuel que j’ai accepté de mener ce projet.
De territoires nordiques en espaces urbains, les auteurs vous convient à un parcours littéraire contrasté et ouvert où les identités se déclinent selon les sensibilités, parfois à fleur de peau. Vingt-quatre textes: autant de fragments de vie courageux, provocateurs, poétiques et philosophiques, autant de regards différents sur cette Amérique métissée où la rencontre avec l’autre reste fragile et le dialogue à établir. Instantanés d’une société qui cherche toujours à se (re)définir, les poèmes, nouvelles, récits et essais rassemblés ici témoignent tous d’une diversité qui est bonne à dire, et à écrire. Car chaque mot qui nous rapproche de l’autre vaut la peine.

«Et de plus loin encore me venait le sentiment qu’il était essentiel, pour s’armer et faire face à la mort, de procéder à l’inventaire de ce qu’on avait reçu parce que, inévitablement, les figures maîtresses de notre univers décéderaient un jour–si ce n’était déjà fait–, et j’ai eu envie de lancer les auteurs sur cette piste-là, de leur demander: De quoi vous souvenez-vous? Qu’avez-vous retenu de ce que vous avez reçu?
J’ai probablement eu le désir de fouiller ce thème, car je crois que la transmission peut être un geste amoureux, affectueux, rare, un geste qui nous métamorphose parce qu’on est tout à coup pénétré par la beauté, l’affection, le talent de gens qu’on admire, qu’on aime, qui nous aident à combler nos lacunes et qui, ainsi, nous sauvent de notre propre nuit et de notre propre ignorance.
Sans doute aussi ai-je eu le désir de fouiller ce thème, à travers les textes des autres, parce que je sais, comme vous, que, dans son versant plus sombre, la transmission peut être agent de mort et de désolation et que j’avais envie de lire ces textes durs, ces textes proches du cri, ces textes tordus à la beauté étrange qui disent qu’on peut organiser le chaos originel avec des phrases cohérentes et lucides de survivants.»
Marie-Hélène Montpetit
Avec des textes de:
Julien-Pier Boisvert, Mathieu Boutin, Henri Cachau, Diane Cardinal, Michel X Côté, Luc Dansereau, Monique Deland, Pierrette Denault, Ginette Desmarais, Julien Fortin, Conrad George, Sandra Gordon, Natalie Jean, Nancy R. Lange, Adriana Langer, Rachel Laverdure, Annyck Martin, Suzanne Myre, Dominique Nantel, Marie Olscamp, Elsa Pépin, Michel Pleau,
Valérie Roch-Lefebvre, Danielle Roger, Diane-Ischa Ross, Chris Simon, Marc-Alain Wolf.
Lettre à un écrivain vivant: Guy Marchamps s’adresse à Anise Koltz.

«Tout comme le libéralisme économique sans frein, et pour des raisons analogues, le libéralisme sexuel produit des phénomènes de paupérisation absolue.
Certains font l’amour avec des dizaines de femmes; d’autres avec aucune. C’est ce qu’on appelle la loi du marché. (Michel Houellebecq)
Toute la journée, les médias nous bombardent de figures désirables et il nous faut apprendre à vivre dans cet univers constamment balisé par les demandes sexuelles, par le marketing de la jeune fille ou du jeune homme aux muscles découpés. Comment vivre dans cette société du désir, sereinement, sans tomber dans diverses pathologies morbides, sans tomber non plus dans un moralisme de coercition primaire, en acceptant le problème de la pauvreté sexuelle et en essayant d’y remédier?
La masturbation répond en partie à cette douleur sociale. C’est aussi le lieu du rire, de l’intimité la plus concrète, de la vigueur libertaire la plus polie. Combien de problèmes sociaux réglerions-nous si nous acceptions de considérer le problème de la pauvreté sexuelle?
De Bukowski à Guyotat en passant par Matthieu Simard, Nelly Arcan, Suzanne Myre, Patrick Brisebois et Virginie Despentes, la masturbation fait partie de la littérature contemporaine comme une figure de détresse existentielle ou une figure de la joie libératrice.»